Calza : Tintin, mais avec quelques défauts

Gilles Calza travaille sur une page de l'album 6. 

« Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours voulu raconter des histoires », confie d’entrée de jeu Calza.

La bande dessinée lui offre rapidement le meilleur des deux mondes : raconter et dessiner.

Très jeune, il réalise une première BD en copiant Cubitus. Puis, vers 13 ou 14 ans, grand amateur de science-fiction, il se lance dans une histoire de deux pages peuplée de vaisseaux spatiaux.

La piqûre est donnée. Et visiblement, elle était incurable.

La BD occupe d’abord ses soirées, ses week-ends et le moindre moment de liberté qu’il peut lui consacrer. Jamais suffisamment à son goût. Il rêve déjà d’un personnage récurrent, d’une série, d’un univers qu’il pourrait développer au fil des albums.

Devenu graphiste et dessinateur indépendant, il publie sa première bande dessinée vers 25 ans. Mais c’est un autre album, découvert à l’adolescence, qui a profondément marqué son imaginaire : L’Affaire Tournesol.

Le mélange est presque trop bien calibré pour lui résister : aventure, mystère, science, humour, explosions et retournements de situation.

« Chaque page recèle son lot de mystères. On a toujours envie de tourner la page. On peut difficilement lâcher l’album sans aller jusqu’à la fin », raconte-t-il.

Il se souvient notamment du laboratoire de Tournesol et de son étrange installation, qui avait fasciné le jeune amateur de science-fiction qu’il était. Mais aussi d’une bataille autrement plus terre à terre : celle du capitaine Haddock contre un sparadrap particulièrement tenace.

Car si Tintin mène l’aventure, Calza est surtout charmé par ce qui gravite autour de lui : Tournesol et ses inventions, Milou, évidemment, et Haddock, « irascible, parfois ordurier, mais gentiment », qui apporte à l’ensemble une indispensable dose d’humour et d’humanité.

Un héros qu’il aime froisser

Il y a toutefois un petit problème avec Tintin.

Il est beaucoup trop parfait.

« De mon point de vue, il est complètement asexué. Moi, j’ai envie qu’il soit normal. Qu’il puisse être attiré par quelqu’un, que ce soit une femme ou un homme, peu importe. Mais au moins qu’il soit normal. »

Voilà donc tout l’intérêt de la parodie pour Calza : prendre le héros créé par Hergé et lui ajouter ce qui lui manque à ses yeux. Des attirances. Des faiblesses. Des mauvais choix. Bref, quelques défauts.

Dans l’une de ses premières parodies, il confronte ainsi Tintin à une femme particulièrement séduisante. Le reporter tombe rapidement amoureux… avant de découvrir que l’expérience n’est pas nécessairement de tout repos.

« Ça m’a fait plaisir de voir que mon Tintin pouvait éprouver des sentiments humains. »

Au fil des albums, Calza ne s’est pas beaucoup assagi. Dans la nouvelle aventure, il joue encore avec le principe d’un héros irréprochable qui se précipite pour sauver la première blonde venue… quitte à découvrir que les bonnes actions ne sont pas toujours récompensées.

« Je voulais retrouver de l’humanité dans un personnage qui n’en a pas », résume-t-il.

Aux commandes de l’histoire

Cette fois, Calza est allé encore un peu plus loin puisqu’il a pris en charge la trame générale de l’album.

Pour leur nouvelle aventure, il fallait bien que quelqu’un décide où tout ce beau monde allait atterrir.

Calza s’en est chargé.

Il en a profité pour y glisser pratiquement tout ce qu’il aime : des bases sous-marines, des ambiances inquiétantes, du mystère, du suspense, de l’humour et quelques fantasmes avoués de scénariste.

Son objectif était notamment de retrouver ce qui l’avait tant séduit dans L’Affaire Tournesol.

« J’ai essayé de faire en sorte que chaque page porte son lot de mystères et de suspense. Qu’on ait envie de tourner les pages, que Tintin s’humanise et que le capitaine Haddock soit toujours son pendant humoristique. »

Voir les choses en grand

Après plusieurs albums composés de récits relativement courts, les auteurs avaient envie de changer d’échelle.

Les lecteurs aussi, semble-t-il.

« On nous disait que ce serait sympa, plutôt que de faire des petites histoires d’une vingtaine de pages, de faire cette fois une grande histoire. »

Ils ont pris le conseil au sérieux.

Peut-être même un peu trop.

« Non seulement on a fait une grande histoire, mais on a fait une double grande histoire », s’amuse Calza.

Deux récits de 54 pages, auxquels s’ajoutera un making-of, pour un album qui approchera les 150 pages. De quoi enfin laisser respirer l’histoire et multiplier les aventures, les mystères, les inquiétudes et les gags.

Et Calza sait déjà quel passage il attend particulièrement de faire découvrir aux lecteurs.

Tout commence dans un Moyen Âge de fantaisie. Tintin chevauche fièrement son destrier et s’apprête, comme tout héros digne de ce nom, à délivrer une princesse enfermée dans un château.

Entre alors en scène un dragon.

Et le dragon carbonise Tintin.

Au bout de quatre pages.

« Ça m’a fait un bien fou de voir le héros mourir », lance l’auteur, manifestement ravi de son mauvais coup.

Pas de panique : Tintin ne disparaît pas réellement de l’aventure. Avec près de 150 pages annoncées, sa carrière aurait été étonnamment courte.

Des décennies après ses premières cases dessinées à l’adolescence, Calza n’a donc toujours pas épuisé son envie de raconter.

« Tintin, pour moi, c’est une source inépuisable d’aventures. J’ai encore beaucoup de choses à raconter à travers lui. »

Et tant qu’il restera quelques défauts à lui inventer, il y a fort à parier que Calza ne manquera pas d’histoires.